Et Soubiane s’en alla à Canossa…

« Quant aux zakhawa, j’en ai déjà amené un 1er au pouvoir , je n’en ramènerai pas un 2nd en versant le sang de mes parents, et si les soudanais ne changent pas d’attitude vis-à-vis du commandement du front uni de la résistance, je préfère rejoindre mon ancien ami.»
Confidences de Hassaballah Soubiane
Que penser du ralliement d’Hassaballah Soubiane ? Une énième trahison de la part d’un des membres de la rébellion, soudoyé par Déby et ses montagnes de pétrodollars ? Un nouveau pacte faustien entre Déby et un mouvement de l’opposition, où l’humiliation du ralliement s’échange contre un ministère stratégique et rentable ? Un retournement tactique qui laisse entrevoir un retour futur dans le désert soudanais d’Hassaballah Soubiane et de ses hommes? Nous ne pouvons encore l’affirmer avec certitude. En tout cas, le ralliement du FSR au gouvernement dictatorial de Déby n’est pas vraiment un coup dur pour l’UFR. En effet, le FSR n’a jamais réussi à s’imposer politiquement au sein de l’UFR, victime de la méfiance des soudanais et du RFC. Mais il n’en reste pas moins que ce nouveau ralliement (après celui de Brahim Mallah et du nouveau CEMGA El-Djinedi) doit servir de leçon à l’UFR et doit l’inciter à prendre des mesures radicales pour éviter que de nouvelles défections ne se fassent jour au sein des différents mouvements de résistance. Il est évident que les sbires de Déby vont continuer à infiltrer le front de résistance et tenter d’appâter certains faibles d’esprits à coups de promesses fabuleuses et de liasses de billets verts. Pour tenter de stopper l’hémorragie au sein des rangs de l’UFR, il convient au bureau exécutif du front de la résistance nationale de clarifier la situation et de démocratiser véritablement l’UFR à sa base.
Tout d’abord, il faut un engagement ferme du président de l’UFR : Timane Erdimi, bien que lui-même zakhawa, doit dépasser ses racines familiales et claniques et promettre que Déby aussi bien que ses acolytesseront poursuivi en justice une fois le Tchad débarrassé de la tyrannie qui l’opprime depuis deux décennies. Dans un deuxième temps, le bureau exécutif de l’UFR doit mettre sur papier que Timane ne dirigera le Tchad que durant la période transitoire et que nul ne pourra accéder à une présidence définitive que par le truchement d’élections libres et démocratiques. Par la suite, il faudra que cesse le népotisme qui gangrène le front de rébellion tchadien depuis bien trop longtemps. Chaque tchadien compétent doit avoir sa chance et aucune considération ethnique ou financière ne doit rentrer en compte dans l’accession de tel ou tel rebelle à des fonctions au sein de l’état-major de la rébellion. Si toutes ces conditions venaient à être remplis, surement que l’exode rural vers le Palais Rose et ses pétrodollars cessera définitivement. Au contraire, la démocratisation de l’UFR serait un signal fort adressé à tous les jeunes qui hésitent encore à rejoindre ses rangs. L’UFR n’a pas besoin de chef charismatique à l’ego surdimensionné qui le mènerait inexorablement à l’échec des actions du front de résistance. Timane n’apportera aucun changement à lui seul. Chacun doit prendre ses responsabilités et apporter sa pierre a l’édifice. C’est à ce prix, et à ce prix seul, que l’entreprise salvatrice de l’UFR a une chance de succès. D’ailleurs, des personnalités actuellement en retrait tel que Mahamat Nour Salah, Dr. Albissaty Saleh Allazam ou Djibrine Assali Hamdallah, Dr Abdelbagui Ibrahim, Dr Abdelkhader, Abdoulaye Malick, Oustass Habib, Mahamat Djarma peuvent radicalement changer la donne si seulement ils étaient utilisés à leur juste valeur en complément d’une base jeune, courageuse et dynamique.
En fin de compte, pour véritablement apporter le changement au Tchad, l’UFR a besoin d’un triptyque : une feuille de route militaire, un projet politique audacieux et une cellule de communication enfin efficace (peut être faudrait-il penser à un groupe de jeunes dynamiques regroupés autour d’Abderahman Koulakmallah et d’Ali Ordjo). Soubiane est parti, s’humiliant dans une marche pathétique à Canossa. Tant pis pour lui. L’UFR doit avancer et pour réussir, il lui faut changer en profondeur. Tant mieux pour les citoyens tchadiens.
Abdelaziz ZAHARIA et Abdoulaye SALAH
De la redaction